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Le Mariage d'Iris & Thomas

Quand je dis que les choses les plus simples sont les plus belles. Sûrement que l'idée devient redondante à chacune de mes publications et pourtant le mariage d'Iris et Thomas confirme encore une fois ce que je pense. L'idée que nous nous faisons globalement des mariages c'est l'immensité de sa préparation, de sa logistique et de son intendance. C'est en un seul mot laborieux. Mais une fois le jour J arrivé, les dés sont jetés et le cours des choses ne pourra plus être changé.

Au terme de cette magnifique journée de mariage, Thomas est venu me voir et m'a demandé si tout allait bien. J'ai répondu que oui et je me souviens lui avoir souri. J'avais déjà vérifié mon boîtier et son contenu dépassait mes attentes. Il m'a regardée et il m'a dit : "on m'avait prévenu que pendant les mariages il risquait d'y avoir des soucis, des petits problèmes de ceci ou de cela, et il n'est rien arrivé, tout s'est passé comme prévu !". Il avait l'air si étonné et heureux. Je lui ai répondu ceci : "Vous avez fait les choses simplement et grâce à cela, vous avez laissé la place à l'émotion qui vous est due un jour comme aujourd'hui". Il a répondu à mon sourire. Les gens heureux sont si beaux mais lorsqu'ils se racontent, ils le sont bien plus. Thomas avait des étoiles dans les yeux.




Le premier contact est venu d'Iris. Sa voix était douce. Nous sommes allées à l'essentiel et j'enregistrais le programme de la journée en me disant que c'était là celle idéalement programmée pour que je fasse de belles photos.


Bien plus tard, le Coronavirus présente la bout de son nez. Et là, je me dis que toutes mes dates vont sauter les unes après les autres. Et c'est le cas. Pendant le confinement, j'écris à Iris pour savoir ce qu'elle compte faire. Elle me rassure et me dit qu'elle fera tout pour conserver la date de son mariage. Elle est infirmière, lui aussi ... Je n'ai pas peur pour eux mais je me dis que lorsque cette période sera terminée, ils seront épuisés. J'imagine que sûrement le projet du mariage sera au moins reporté s'il n'est pas tout simplement annulé.


Quelques jours après le confinement, mon téléphone sonne, c'est de nouveau Iris. Je suis en voiture, je me jette sur le bas côté : le mariage est maintenu ! Cris de joie. Oui de joie ... je me mets à leur place et je sais qu'à ce stade, le combat a dû être rude. Le poids de la menace du virus, la fatigue, se projeter quoi qu'il en coûte dans ce projet. Je suis heureuse pour eux. Ils vont se marier et je ferai les photos de leur mariage. Sourire ...





Et le jour J arrive très vite. Je pars de Marseille en direction de la Bastide de Venelles et ma voiture fait des siennes. Surchauffe. Panne sur l'Autoroute à quatre kilomètres d'eux. Je fulmine et j'ai peur. Nom de dieu, ce n'est pas le moment de paniquer. Je reste sur la bande d'arrêt d'urgence et j'attends que le moteur refroidisse. Je termine mon trajet à deux à l'heure, les yeux rivés sur la jauge de chaleur du moteur. Si ça casse je me dis que je finirai à pied ou en stop mais qu'il faut que je sois à l'heure. Etant de nature prévoyante, j'étais partie une demie heure en avance.


Je suis arrivée pile à l'heure. Soulagée, je me gare sur le parking et tente de reprendre mes esprits. Je suis fourbue par la chaleur, la climatisation ne marchait plus, j'ai l'impression qu'il fait quatre mille degrés dans mon corps.


Je ne connais pas Iris. Je ne l'ai jamais vue. Mais j'ai à peine franchi le seuil de la pergola derrière la bâtisse, que j'entends : "Coco Coco !!". Je la vois, toute fraîche et naturelle alors que je suis au bout de ma vie après mon périple routier :)


Son accueil efface mes angoisses de la route. J'attrape mes deux boîtiers, les porte en bandoulière et me voilà embarquée dans les préparatifs.



Tout le monde se prépare dans la même pièce. J'aime tellement ça. Je préviens toujours mes mariés, je ne travaille pas à distance. Mes objectifs sont à focales fixes, je ne fais pas des photos à cent mètres avec un zoom. Je suis là. Je les suis comme une ombre et je navigue d'un individu à l'autre, d'une émotion à l'autre en essayant de gêner le moins possible mais je sais que ces images là seraient impossibles si je travaillais loin d'eux.


Les coins sont exigus, des trucs et des machins traînent partout, l'effervescence typiquement féminine de se préparer et de partager rouge à lèvre, fond de teint, brosse à cheveux, laque, etc. ambiance la pièce, c'est une immersion agréable et productive pour moi.


Filles, sœurs, mère, grand-mère ... elles sont là et le lien intergénérationnel les soudent dans la même émotion. Iris sourit sans cesse et paraît d'un calme absolu. Je suis impressionnée, étant moi-même émotive, je me demande comment elle peut garder une telle maîtrise. Mais la journée n'est pas terminée.


Tania la maquille et Lilas coiffe tout ce petit monde. J'arrive à me faufiler partout sans trop gêner. Je circule sur la pointe des pieds et lève souvent les bras pour garder l'amplitude de mes prises de vue. La pièce est minuscule. Je me dis tant pis pour la visée, je me fais confiance et laisse circuler mon œil jusqu'au bout de mes bras. Je ne savais pas que ça serait comme ça tout le reportage ;)




L'immersion est devenue totale. J'en oublie presque que je ne suis pas d'ici. Tout le monde me parle et me sourit. Je me sens bien et je n'ai pas l'impression d'être intrusive. Alors je continue et j'attends la ferveur de la robe et de celle qui va la porter.




Tout le comité est attentif et concentré autour d'Iris. Elle vibre autant que je puisse la sentir vibrer. En surface, son sourire reste immuable. Mais intérieurement, je me demande à quel point elle doit être impatiente de retrouver Thomas.


Un chauffeur nous attend. Quand j'entends ce mot, je suis soulagée. Les déplacements lors des mariages sont un vrai casse-tête et pour moi c'est juste un calcul de dingue. Où, quand, comment arriver si je n'accompagne pas les mariés dans le même véhicule. De plus ma voiture ne supportera pas un aller-retour jusqu'à Aix ! La question ne se pose plus, un carrosse nous attend dirigé par le sosie du "Transporteur", je suis aux anges !! Bouteilles d'eau fraîche dans le véhicule ultra climatisé ! Je revis !




L'arrivée à la mairie se présente trop bien. Je photographie Iris et sa sœur dans la voiture au travers du plexiglass de protection. Les masques seront obligatoires à la Mairie. Le virus oblige de s'adapter à des modes opératoires inattendus.





Iris fait tout pour que nous arrivions sans que nous croisions Thomas. Une petite voiture électrique nous châle jusqu'à la Mairie. Le trajet est amusant et je ressens beaucoup d’insouciance à ce moment là car depuis le début je me laisse porter et je me rends compte que ce reportage est "facile" ... j'entends par là que ma présence n'a jamais importuné qui que ce soit, j'ai été "admise" d'office et je peux travailler sans "jouer des coudes".


A cet instant, je reprends mon souffle et je me dis que rien ne peut entraver mon reportage et cette certitude déstresse considérablement les enjeux de mon travail, il engendre ma créativité et me permet de me placer à l'endroit que je veux pour faire mes photos.


En planque dans la cour de la Mairie d'Aix en Provence, je profite d'avoir Iris pour moi toute seule et je la photographie. Ces images sont parfaites. J'ai rarement la mariée pendant plus de 5 minutes rien que pour moi, le temps de faire ces photos-là, j'étais déjà comblée. Puis son père et sa sœur viennent nous rejoindre.





Thomas est entré dans la Mairie sans voir sa future femme. Mission accomplie. C'est au tour d'Iris d'y entrer et je savoure pour elle sa joie, son bonheur, d'être vue par son futur mari.